Chapitre 5 Scène 3 J’ai les moyens de vous faire parler

La porte de la cellule de Maria s’ouvre dans un fracas qui la réveille instantanément. À peine eut-elle ouvert les yeux que les deux Citoyens-gardiens fondent sur elle, la soulèvent du sol, sans ménagement. Ils la plaquent au fond d’un ascenseur qui descend comme une flèche au niveau -10, celui de la « salle de recueil d’informations ».

Cette pièce est plongée dans une quasi-pénombre, uniquement éclairée par les voyants clignotants des terminaux informatiques qui longent les murs. Au centre de la pièce, Ivan est agenouillé, les mains menottées dans le dos, la tête penchée au-dessus d’une baignoire remplie d’eau. Deux Citoyens-Gardiens se tiennent à ses côtés, immobiles, prêts à exécuter les ordres.

Au fond de la cellule, Mikhail et Anya se tiennent droit debout, le regard vide, encadrés par deux autres soldats. Le Neuro-Vaccin, privant les enfants de toute réaction émotionnelle, les rendent insensibles à la scène de torture exercée sur leur père, qui se déroule devant leurs yeux.

Maria est assise sur une chaise métallique face à Ivan, dont le visage est marqué par l’épuisement. Ses traits tirés trahissent l’angoisse qui le ronge. Ses yeux écarquillés fixent Maria avec une intensité désespérée.

Le Citoyen-Médecin Boris Morozov arpente la pièce avec une lenteur calculée. Le martèlement de ses bottes résonne sourdement sur le béton froid. Sa silhouette imposante se détache dans la pénombre, éclairée par intermittence par les lueurs vacillantes des écrans de surveillance.

Dans sa main droite, il tient fermement un dossier à projection holographique dont les données clignotent en bleu dans l’obscurité. Ses doigts effleurent régulièrement la surface tactile, faisant défiler les informations bloc par bloc, d’un geste sec, nerveux.

Son visage demeure impassible, mais les mouvements latéraux de ses yeux scrutent fébrilement chaque détail du rapport, à la recherche du plus petit indice utile à sa traque. Il s’arrête soudain et se penche vers Maria. Il  plonge un regard froid et fixe dans les yeux brûlants de Maria.

— Je repose la question une dernière fois, Citoyenne-Gardienne Maria Okhotnikova, dit-il en haussant légèrement le ton. Que s’est-il passé exactement à l’unité 35 hier ?

Maria déglutit péniblement. Elle balbutie, la bouche sèche  — Je vous l’ai dit… Il y a eu une coupure de courant pendant mon injection de rappel. C’est tout ce que je sais…

Boris fait un signe de tête presque imperceptible à l’un des soldats.  D’un geste brutal, l’homme  plonge la tête d’Ivan dans l’eau glacée. Le corps d’Ivan convulse, luttant désespérément contre la noyade.

Sous l’effet de l’antidote au Neuro-Vaccin qu’on lui avait injecté, il ressent pleinement la terreur et la douleur de l’asphyxie. Juste avant la noyade, le soldat empoigne des deux mains  brutalement la tête d’Ivan qui jaillit de l’eau dans une gerbe qui éclabousse les bottes de Morozov. Ivan tousse, crache, le visage écarlate, les yeux injectés de sang.

— Maria, je t’en prie, supplie-t-il d’une voix rauque. Dis-leur ce qu’ils veulent savoir…

— Je… je ne sais pas, bégaye-t-elle. L’infirmière m’a fait l’injection mensuelle, c’est la procédure habituelle…

Boris soupire profondément, son visage se durcissant davantage tandis qu’une lueur d’exaspération traverse son regard glacial. Face à l’entêtement de Maria, ses mâchoires se contractent. Il s’immobilise devant elle, les mains croisées dans le dos.

— Arrêtez ! Je vous en supplie ! hurle-t-elle, la voix brisée par les sanglots. D’accord, d’accord, je vais tout vous dire…

Boris fait signe au soldat de relâcher Ivan, qui s’effondre sur le sol. En manque d’oxygène, il se contortionne sur le sol trempé et tousse  en  vomissant de l’eau. Morozov se tourne vers Maria,  avec un sourire vénéneux.

— Enfin, nous progressons. Je vous écoute, Citoyenne, et ne me décevez pas cette fois, si vous tenez à la vie de votre famille.

Epuisée, effrayée et dévastée par la scène de torture d’Ivan, Maria est sur le point de donner tous les détails à propos du message crypté d’Alexeï.

Au moment précis où elle commence à parler, la porte de la cellule s’ouvre brusquement. Un nuage de fumée bleue envahit immédiatement la pièce. Ce fut la dernière chose que vit Maria avant de perdre connaissance.

 

 

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