Chapitre 2 Scène 1 Le Parlement se meurt

Londres, 2 janvier 2065 – 9h00

La neige a laissé place à une pluie froide et tenace qui martèle les vitres néogothiques du Palace of Westminster. Dans la Chambre des Communes, l’atmosphère est électrique. Les bancs de chêne, sombres et lustrés débordent de députés s’agitant en tous sens. Leurs visages sont figés par la panique, les costumes sont froissés et les cravates desserrées.

Des caméras autorisées exceptionnellement retransmettent en direct le « Débat de la Dernière Chance ».

Depuis plusieurs mois, les tensions s’intensifient. Les infrastructures sont à genoux. Le rationnement de l’électricité dans les grandes métropoles a déclenché des vagues d’émeutes. Bristol, Leeds et Glasgow sont sous couvre-feu permanent, quadrillées par l’armée.

Le système de santé s’est effondré dans le Nord. Des convois humanitaires venus d’Irlande ont été interceptés à la frontière écossaise. La Couronne, réfugiée à Ottawa depuis la tentative d’attentat de novembre, n’a toujours pas communiqué officiellement.

— Du calme ! Du calme ! — tonne le Speaker, son maillet martelant frénétiquement le pupitre. Mais sa voix se noie dans le tumulte.

Le Premier Ministre Edward Langford se lève lentement. Son visage perlé de sueur est livide, épuisé par trop de nuits blanches accumulées. Des poches  cernent ses yeux. Il s’agrippe au pupitre, les mains tremblantes.

— Honorables membres du Parlement… — dit-il, d’une voix étouffée par l’angoisse. — L’urgence est extrême. En vertu des pouvoirs spéciaux conférés par le décret royal d’urgence n°432, et avec l’aval implicite du Conseil de Sécurité intérieure, je prononce aujourd’hui la dissolution immédiate de la Chambre des Communes.

Un silence d’une seconde. Puis, une déflagration de cris.

Des insultes fusent, des papiers volent, une bouteille d’eau heurte la tribune. La sécurité parlementaire se déploie en urgence, mais elle est vite débordée. Un feu commence à se déclarer dans la galerie des archives, à l’étage inférieur.

Langford tente de parler plus fort, sa voix tremble mais il insiste :

— Ce gouvernement… ne peut plus garantir la sécurité… de ses citoyens. Que Dieu protège le Royaume-Uni.

Une vitre explose. Des hurlements éclatent. Tous les  écrans affichent brièvement un symbole inconnu, clignotant en rouge : un œil stylisé, encadré des lettres N et L. L’image disparaît aussitôt. Piratage.

— Par ici ! crie un huissier, déclenchant un mécanisme dans une boiserie. Un panneau coulisse.

Les plus proches s’engouffrent dans les tunnels d’évacuation, se poussant les uns les autres. Des dossiers volent dans l’air, certains déjà noircis par la fumée. L’odeur de papier brûlé envahit la Chambre des Communes.

Dans un couloir latéral, une journaliste brandit sa caméra activée. Elle intercepte le Premier Ministre en fuite.

— Monsieur le Premier Ministre, un dernier mot pour la nation ?

Il s’arrête un instant, les yeux remplis d’effroi. Il bredouille — L’ancien monde meurt… Que Dieu nous pardonne pour ce qui va suivre.

La transmission s’interrompt brutalement. L’écran devient noir.

Un vieux député, immobile, reste assis sur son banc. Il tient dans sa main un mouchoir brodé, qu’il plie soigneusement, lentement, dans un geste de  digne résignation. Il essuie ses lunettes embuées.

Un garde revient le chercher. Il secoue la tête.

— Partez. Personne ne m’attend.

À l’extérieur, la pluie continue de tomber sur Londres. Des drones tournent en silence autour du bâtiment en feu, captant les dernières images.

Sur les murs voisins, un graffiti à peine séché émerge de la pénombre :

> “Avoid chaos. Choose order.” — N.L.

Le Palais de Westminster se consume dans les flammes. Le cœur de la démocratie britannique vient de cesser de battre.

 

 

Chapitre 2 Scène 2 Un Virus inconnu

5 janvier 2065, Londres, 9h. L’écran géant qui couvre la totalité de la surface du mur du salon de la famille Wilson projette la même image en boucle depuis le début de la matinée : une carte du monde constellée de points rouges clignotants. Londres, New York, Paris, Berlin, Madrid.

Emma Wilson tremble légèrement, les yeux fixés sur le visage grave de la journaliste dont la voix, mécaniquement, répète la même information.

— Les autorités sanitaires mondiales confirment l’apparition du virus SARS-CoV-52…

— Papa, maman, venez voir ! s’écrie Emma.

Sarah et James descendent précipitamment les escaliers. Sur l’écran, des images de laboratoires, de microscopes. La journaliste continue :

— …atteintes inédites détectées. Le virus atteint le système respiratoire, mais également le foie et le système neurologique…

Sarah porte une main à sa bouche. James rejoint Emma, le visage crispé.

— Ils ont fermé tous les aéroports et toutes les gares, les écoles aussi, ajoute Emma, la voix blanche. Tout le monde doit recevoir une dose d’ici la fin de la semaine.

— Ça recommence, murmura Sarah, d’une voix étouffée.

James serre Sarah et Emma contre lui. Son regard reste fixé sur l’écran. Les images changent à nouveau : longues files de civils masqués, convois militaires déployés dans des villes occidentales, drones diffusant des messages de confinement.

— Ils n’avaient jamais encore déployé des moyens militaires, remarqua-t-il.

Sarah hoche la tête. Elle observe les symboles sur les uniformes : un logo nouveau, inconnu, un œil stylisé encadré par « N » et « L ». Ce n’est ni l’OMS, ni l’ONU.

— Regarde ça, dit-elle en pointant du doigt l’écran mural. Tu as déjà vu ce symbole avant ?

Emma scrute l’écran, les sourcils froncés. — Pourquoi toutes les images viennent d’Europe et des États-Unis ? Où sont les autres pays ?

James s’éloigne, attrape son portable des années 2030, idéal pour les communications secrètes. Il active un VPN et tente d’accéder aux forums cryptés qu’il a parfois l’habitude de fréquenter. Tous bloqués. Censurés.

— Les canaux alternatifs sont HS. Tout est verrouillé, souffle-t-il.

Sur l’écran, un bandeau déroulant s’affiche : « Toute personne refusant l’injection sera transférée dans un centre de réhabilitation comportementale pour sa sécurité et son bien-être. »

Le visage d’Emma blêmit. — Transférée ? Papa, ils peuvent faire ça ?

James resta silencieux. Puis, enfin, il murmure :

— Ils sont en train de nous refaire le confinement Covid des années 2020, mais en version militarisée.

Chapitre 2 Scène 3 Nous sommes là pour votre bien-être

Zone Libre d’Édimbourg, Secteur Autonome Écossais – 16h32

Trois coups espacés, secs, frappent à la porte.

James relève la tête du vieux portable qu’il essayait de reconfigurer avec des pièces récupérées sur le marché noir. Sarah, dans la cuisine, suspend son geste. Emma lève  la tête de l’écran de sa tablette bricolée, le regard empli de crainte.

— Ne dis rien, murmura James à sa fille. Continue tes cours en ligne comme si de rien n’était.

Il se lève et marche jusqu’à la porte. À travers le judas, il voit deux personnes en blouses blanches immaculées : un homme d’âge moyen aux traits slaves et une femme asiatique. Ils portent des badges avec un caducée médical entouré de symboles qu’il ne reconnaissent pas. Sur leurs mallettes métalliques, il distingue des caractères cyrilliques et chinois.

James entrouvre la porte, bloquant discrètement l’ouverture avec son pied gauche.

— Monsieur Wilson ? prononce la voix douce de l’homme, presque bienveillante, avec un léger accent russe.

— Oui, c’est bien moi.

— Dr. Petrov, de l’Organisation Mondiale pour la Prévention Sanitaire. Voici ma collègue, Dr. Zhang. Ne vous inquiétez pas, c’est juste un contrôle préventif. Vous avez bien reçu votre convocation de l’Administration Sanitaire d’Édimbourg ?

James hocha la tête. — Oui, ce matin.

Le Dr. Zhang jeta un coup d’œil furtif dans le salon, apercevant Emma qui suivait un cours de survie urbaine.

— Ma fille suit l’éducation autonome du Réseau Libre, dit James, du ton le plus neutre possible.

— Excellent, répondit le Dr. Petrov. L’éducation décentralisée prépare mieux nos jeunes aux défis du monde post-crise. Avez-vous entendu parler de la nouvelle souche Covid-52 ?

Dans le salon, Emma gardait ses écouteurs connectés à sa console d’apprentissage, suivant un cours de Mme Patterson sur l’histoire des pandémies :

— N’oubliez pas, Emma : depuis l’effondrement de l’OMS en 2057, de nombreuses organisations prétendent détenir des solutions miraculeuses. Restez critiques face aux offres de vaccination venue de l’Est…

Un cadre clignote sur son écran : « Module optionnel : Reconnaître les agents d’influence sanitaire étrangers ? » Elle hésite, puis sélectionne « Plus tard ».

Sarah s’approche de la porte, en silence. Elle observe les deux médecins, leurs mallettes trop sophistiquées pour des praticiens de zone libre.

— Vous interrogez tous les foyers du quartier ? demanda-t-elle.

— Uniquement ceux référencés par notre partenaire local, l’Association des Médecins Indépendants d’Écosse. Vos voisins nous ont déjà fait confiance.

James sent une sueur froide lui couler dans le dos. L’Association des Médecins Indépendants avait été infiltrée l’année dernière, selon les rumeurs du Réseau Libre.

— Aucun symptôme inquiétant à signaler ? reprit le Dr. Petrov. Aucune fièvre persistante ? Aucune fatigue inexpliquée ?

James soutient son regard.

— Non. Rien. On se soigne avec les moyens du Réseau d’Entraide Médicale local.

Le Dr. Zhang ouvre sa mallette, découvrant des seringues aux embouts nanotechnologiques.

— Parfait. Notre nouveau vaccin protège non seulement contre le Covid-52, mais optimise aussi les fonctions cognitives.

— Optimise… comment ?

— Amélioration de la concentration, diminution du stress chronique, régulation de l’humeur. Très utile dans votre contexte de vie… difficile.

Elle désigne discrètement l’appartement spartiate, les fenêtres barricadées, les systèmes de sécurité artisanaux.

Le Dr. Petrov range lentement son scanner biométrique.

— Nous reviendrons demain avec l’équipe mobile de vaccination. D’ici là, réfléchissez bien.

Ils s’éloignent, leurs pas silencieux sur le trottoir défoncé.

James referme la porte et Sarah s’effondre contre lui. Il rejoint Emma dans le salon. L’écran affiche une alerte clignotante du Réseau Libre :

ALERTE RÉSEAU : Faux médecins détectés dans plusieurs zones autonomes. Technologie d’injection suspecte. Évitez tout contact. Signalement reçus de Manchester, Liverpool, Cardiff.

Emma sursauta quand elle sentit son père derrière elle.

— Papa, regarde. Mme Patterson a envoyé ça il y a dix minutes.

— Bon sang, murmura James. Ils ratissent tout l’Ouest…

Sarah arrive à son tour, tenant un sac de randonnée.

— On doit partir. Ce soir. En direction les Highlands, chez les clans qui résistent encore.

Emma éteint sa console et enfile son blouson en cuir renforcé, celui que son père avait trouvé dans les ruines de Glasgow.

— Déconnexion détectée, annonce la console d’Emma d’une voix métallique et grésillante.

James souffle profondément.

— À partir de maintenant, on fait partie des « Non-Répertoriés ».

18h00. Les systèmes de veille collective s’activent. Les guetteurs surveillent les drones orientaux depuis leurs toits de fortune, tandis que les opérateurs radio captent les fréquences cryptées.

Le Réseau Libre diffuse : « Infiltrations sanitaires dans les secteurs 7, 12 et 23. Technologies d’injection non répertoriées. Évacuation préventive recommandée. »

Des capteurs artisanaux détectent des signatures électroniques. Un signal d’alerte retentit discrètement dans plusieurs foyers. Un message d’urgence est diffusé :

« Quartier Est : agents d’influence sanitaire confirmés. Évacuation recommandée. Protocole « Highland » activé. »

Chapitre 2 Scène 4 Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé… mais Paris abandonné

Ministère de l’Intérieur, Place Beauvau – 14h27

Thomas Dubois déconnecte la ligne quantique et se tourne vers son chef de cabinet.

— Lyon ?

— Perdue. Les préfets ne répondent plus.

— Marseille ?

— Les docks brûlent. L’aéroport est fermé.

Dubois ouvre la fenêtre. Des sirènes hurlent.

— Combien de temps avant qu’ils n’arrivent ?

— Une heure. Peut-être moins.

Le chef de cabinet pose une mallette noire sur le bureau. Scanner bleu, analyse capillaires.

— Accès accordé. Ministre Thomas Dubois, veuillez confirmer.

Dubois confirme. La mallette s’ouvre : trois téléphones satellites et un pistolet électromagnétique.

— Monsieur le ministre ?

— Activez Protocole Phoenix.

Le chef de cabinet envoie le message : « Évacuation gouvernementale. »

 

Place de la République – 14h45

Marc Durand, contrôleur de taxis autonomes, observe son écran. La statue de Marianne disparaît sous une marée humaine. Des milliers de gens convergent vers le centre.

La voix synthétique d’Automax dit à sa passagère — Modification de parcours. Le système évite cette zone.

— Pourquoi ?

— Regardez : « ÉTAT D’URGENCE SUSPENDU. FORCES DE L’ORDRE RAPPELÉES. SAUVE QUI PEUT. »

L’écran central affiche : « Tous véhicules de service, retour immédiat aux stations. »

— Madame, je ne peux plus assurer votre sécurité. Je vous dépose ici.

Le véhicule s’immobilise, elle descend. Un passant la heurte, elle tombe, piétinée.

Tour Montparnasse – 15h12

L’ascenseur s’arrête au 45ème étage. Plus de courant. Pierre Moreau, trader, monte les derniers étages à pied, sa chemise trempée de sueur.

Au 56ème, il pousse la porte du bureau directorial. Écrans noirs. Lignes de communication quantique muets.

Il ouvre la fenêtre et se penche. En bas, les Champs-Élysées grouillent. Des colonnes de fumée montent de Belleville, de Ménilmontant.

Sa Rolex se synchronise avec son nano-implant. La voix de sa femme résonne dans son cortex auditif : « Pars sans moi. Je reste avec maman et les enfants à Deauville. Rejoins-nous dès que tu peux. Je t’aime. »

Pierre regarde sa montre. 15h15. L’IA intégrée murmure : « Monsieur Moreau, rythme cardiaque 190 BPM. Tension artérielle 21 / 10. Statut cardio-vasculaire en danger. Évacuation immédiate recommandée. » Il détache la montre de son poignet et la pose sur le bureau.

Arc de Triomphe – 15h30

 

Le Capitaine CRS Jérôme Blanchard resserre  son casque et s’essuie le front.

— On a nos ordres, dit le capitaine Moreau à ses hommes au milieu de la place de l’Étoile. Dispersion générale.

— Et nos familles ?

— Rejoignez-les. Par tous les moyens.

Blanchard vérifie son équipement. Il part à pied vers Neuilly, son gilet pare-balles toujours en place, son arme à la ceinture.

Derrière lui, la foule submerge les véhicules abandonnés.

 

Élysée – 16h00

François Marchand empoigne sa valise diplomatique. Les gardes républicains l’encadrent.

— Monsieur le Président, l’appareil vous attend.

Marchand regarde une dernière fois le bureau. Le mur télévisuel montre Bordeaux en flammes, Lille isolée, Strasbourg sous milices.

— Monsieur le Président, c’est maintenant ! hurle un garde.

Marchand reste figé, hypnotisé par les images de chaos.

Sur la pelouse de l’Élysée, le Spectre présidentiel attend, suspendu. Le pilote-IA rassure :

— Protocole Neptune Atlantique. Liaison sous-marine d’urgence.

L’interface du Spectre affiche une alerte rouge.

— Neptune Atlantique ne répond plus. Sphère Orphée déployée. Évacuation orbitale sécurisée. Veuillez prendre place.

Le président s’installe, le Spectre décolle, pivote et monte rapidement.

 

Gare du Nord – 16h15

Plus de trains MagLev, plus d’annonces, plus d’électricité.

Mathilde Rousseau traîne sa valise intelligente remplie de conserves, d’eau et de médicaments. Dans le hall, des centaines de personnes errent avec leurs bagages autonomes aux batteries faibles. Certains pleurent, d’autres parlent frénétiquement à leurs montres-assistants, espérant capter un signal.

Dans le tumulte général, un homme arrive à articuler :

— J’ai un véhicule autonome en route vers le Nord. J’ai trois places disponibles !

Quinze mains se lèvent.

Tour Eiffel – 16h45

Les derniers touristes descendent en courant, les ascenseurs à sustentation magnétique sont hors service. Ahmed Benali désactive le système d’accès biométrique, éteignant les portiques de sécurité. Il efface ses codes et jette sa puce dans la Seine. La tour s’éteint étage par étage.

Notre-Dame – 17h00

Le père Antoine éteint les cierges virtuels. L’église est vide. Il désactive le système de sécurité, programme un verrouillage. Les portes se scellent avec un craquement.

Dans la rue, il croise un véhicule de police.

— Vous partez aussi ? demande le Père Antoine.

— Oui, répond l’officier de police, faites-vite, mon père !

Le prêtre monte à l’arrière sans un mot.

Périphérique – 17h30

Embouteillage total. Aucun klaxon. Les véhicules autonomes communiquent en silence, moteurs électriques ronronnant.

Coralie Martin voit la batterie à moitié pleine. Peut-être assez pour quitter l’Île-de-France. À droite, un transport de CRS vide. À gauche, une ambulance abandonnée.

Elle désactive le système d’information. « Réseau quantique indisponible. »

Bascule en conduite manuelle d’urgence. L’IA proteste : « Infraction détectée.  Pour votre sécurité, vous devez me réactiver. »

— La ferme répond sèchement Coralie, en poussant à fond sur le régulateur de vitesse.

Paris rapetisse à toute allure dans les caméras de recul.

Chapitre 3 Scène 1 Berlin à nouveau divisée

La Porte de Brandebourg se dresse, fantomatique, dans la brume de midi. Le symbole de la réunification allemande disparaît peu à peu derrière un nouveau Mur qui s’élève à une vitesse terrifiante. L’air est déchiré par le martellement incessant des marteaux-piqueurs des robots autonomes ouvriers, leurs impacts résonnant comme des coups de feu.

Une femme se précipite vers la dernière brèche, ses enfants serrés contre elle.

— Laissez-nous passer !

Les gardes-frontières, arborant déjà l’insigne du Léviathan, restent impassibles. Leurs viseurs laser balaient la foule.

Ils repoussent violemment les familles qui tentent de fuir vers l’Est.

— Cas positif ! Symptômes de dérégulation émotionnelle.

Un médecin en combinaison blanche pointe un scanner biométrique vers un adolescent.

L’adolescent éclate d’un rire incontrôlable, ses yeux révulsés. Sa mère tente de le protéger, mais les soldats du Léviathan l’arrachent à ses bras.

Les derniers véhicules autonomes diplomatiques filent vers l’aéroport. Les drapeaux occidentaux sont descendus un à un des ambassades.

Une voix synthétique résonne depuis des haut-parleurs. — Seul le Neuro-Vaccin peut vous sauver. Présentez-vous aux points de vaccination.

Des camions noirs arrivent de l’Est, leurs logos triangulaires couleur or brillant sous la lumière blafarde. Des files ordonnées se forment déjà, pendant que d’autres continuent à fuir.

Une colonne de véhicules blindés du Léviathan émerge de la brume, leurs silhouettes basses et menaçantes. Les ordres fusent en russe, en mandarin et en allemand, créant une cacophonie linguistique.

Le nouveau Mur s’élève toujours plus haut, séparant familles et amis. Une petite fille voit son père être brutalement arrêté et jeté dans un blindé. Ce dernier franchit une porte du Mur en direction de l’Est.

— Papa !

Berlin se divise à nouveau. Mais cette fois, le Mur ne sépare pas l’Est et l’Ouest. Il sépare l’ancien monde du nouveau.