Chapitre 4 Scène 1 Un jour pas tout à fait comme les autres

1 février 2065.  8h à l’unité féminine 35 du Département Suprême de Contrôle de la Citoyenneté. Maria  Okhotnikova est dans son bureau de couleur sable, assise bien droite devant son écran. Les yeux légèrement plissés, elle fait défiler par mouvements oculaires réguliers toutes les fiches des Citoyens  de la Zone de Pacification 119.

Elle avait encore une trentaine de messages en attente. L’en-tête du vingt-cinquième message attira particulièrement son regard. En ouvrant le vingt-cinquième message, l’écran de Maria devient soudainement noir. Un code d’erreur clignote : “Erreur Sys_Emo_Ctrl_35”. Puis, une série de mots se mettent à défiler à toute vitesse : “Amour”, “Joie”, “Tristesse”, “Peur”, “Colère”…C’étaient des émotions, celles que le Neuro-Vaccin était censé supprimer.

Maria se surprend à éprouver un léger resserrement au creux de son estomac. Son pouls s’accélére un peu, à nouveau. Après tout, sa dernière injection de Neuro-Vaccin remontait à presque un mois.

Normalement, tout changement, tout événement inhabituel dans la routine quotidienne du Citoyen devait être méthodiquement consigné et immédiatement transmis au Conseil Suprême de Conformité Comportementale des Citoyens. Elle devait donc le faire pour elle-même.

Elle s’apprêta à ouvrir le message quand, subitement, l’écran redevint normal. Elle ouvrit immédiatement son fichier de surveillance pour rédiger son rapport quand un bip retentit. Message 26. Maria clique sur l’en-tête du message.  Alexeï Petrov.

Elle n’avait pas vu ce nom depuis des années, bien avant la montée du Nouveau Léviathan. Alexeï avait été un ami proche, très proche. Ils avaient grandi dans le même quartier.

Enfants, avec d’autres camarades, ils avaient l’habitude de se retrouver à la sortie des classes, pour jouer au football, librement, sur les terrains vagues, aux abords de leur lotissements respectifs. Adolescents, ils allaient parfois au cinéma ensemble. Ils se tenaient la main souvent. Ils s’embrassaient aussi, parfois.

Le texte du message était simple. — Besoin de te parler. Urgent. Discrétion absolue. Ce soir. Son estomac se noue à nouveau. Pourquoi Alexeï refaisait-il surface maintenant ? Malgré le cryptage quantique de sa messagerie, comment avait-il pu la contacter ? Ces sensations, ce message, ces…émotions ?

Une clé de cryptage quantique brouilla instantanément le message envoyé par Alexeï, le rendant indéchiffrable.