Chapitre 1 Scène 1 Un jour comme les autres

1 janvier 2065. Russie. Néo Saint Pétersbourg. 6h. Maria ouvre les yeux. Une décharge électrique parcourt son crâne. Le Neuro-Vaccin est à l’œuvre. Elle sent les nanorobots s’activer dans son hippocampe. Une traque chimique qui dissout la moindre trace de mélatonine. La vague tiède de la régulation prend le relais : sérotonine, dopamine, noradrénaline poussées à leur maximum. Maria est désormais émotionnellement stable. Opérationnelle, selon le Nouveau Léviathan.

D’un geste vif, Maria se lève. Ses mouvements sont alertes, fluides, instinctifs, automatiques.

Elle rejoint à la salle de bain Ivan, son mari, déjà debout depuis 5h du matin. Sans un mot, Maria croise le regard d’Ivan dans le miroir. Vêtu de l’uniforme noir des Citoyens-Gardiens du Conseil Suprême du Nouveau Léviathan, il se tient droit devant la glace.

Comme tous les matins, il effectue son rituel de rasage. Ses gestes précis, répétitifs, ne laissaient pas la moindre trace de coupure ou d’irritation. Elle prend rapidement sa douche et enfile son uniforme beige de Gardienne-citoyenne, impeccablement repassé.

Les enfants, Mikhail et Anya, portent déjà l’uniforme de leur unité du Ministère Suprême d’Émancipation des Citoyens. Ils mangent leurs deux barres de nutrition quotidiennes, en silence à la table de la cuisine.

Maria s’assied en face d’eux, jetant un rapide coup d’œil à leurs uniformes et à leurs sacs, pour voir si tout était conforme. Elle verse du thé chaud dans une tasse. Elle le boit à petites gorgées, soufflant légèrement pour le refroidir.

A son tour, Ivan prend son petit-déjeuner. Il ingurgite d’un trait 50 cl d’un liquide blanchâtre et épais, contenant tous les nutriments nécessaires pour la journée. Maria regarde par la fenêtre.

Trois Gardiens du Nouveau Léviathan, les subordonnés d’Ivan, attendent dehors, immobiles malgré le froid mordant du matin. Se détachant de la blancheur de la neige, leurs uniformes noirs sont impeccablement ajustés.

Maria termine son thé et se lève. Elle ajuste son uniforme, vérifie l’heure. Ils se dirigent vers la porte. Le capteur thermique les identifie. La serrure se déverrouille dans un clic à peine audible. Ils sortent, la porte se referme derrière eux en un souffle. Ils montent dans le véhicule blindé mis à disposition par le Régime. L’un des sous-officiers démarre le véhicule. Ils partent en direction de leurs destinations respectives.

Comme chaque jour de la semaine, samedis et dimanches compris, les enfants furent déposés en premier, dans leur unité du Ministère Suprême d’Émancipation des Citoyens.

Ensuite, Maria fut conduite à Néo-Moscou, dans l’unité féminine 35 du Département Suprême de Contrôle de la Citoyenneté. Enfin, Ivan et ses hommes s’élancèrent vers leur unité de surveillance du Mur.

La construction du Mur était presque achevée. Haut d’une cinquantaine de mètres, c’ était un complexe militaro-industriel qui s’étendait sur des milliers de kilomètres, de Mourmansk, au nord de la Russie jusqu’à Demre au sud de la Turquie. Il suivait le méridien 30.

A l’Ouest du Mur, en Europe comme en Amérique, l’Occident était ravagé par le réchauffement climatique, les migrations de masse venues de l’hémisphère sud, dévastées par la sécheresse, la guerre, la famine.

Dans la première moitié du vingt-et-unième siècle dans les pays d’Europe et d’Amérique, une vague de mouvements populistes avaient porté au pouvoir des gouvernements autoritaires qui avaient fini par transformer les États qu’ils dirigeaient en autant de dictatures gangrénées par d’incessants conflits armés de basse intensité. A l’Est du Mur, la Russie et la Chine s’étaient unifiées pour former un seul et même État : Le Nouveau Léviathan.

 

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